POSITION

Maquette du temple de Selene + Gaia : os, bois, lichen, gravier, colle, vernis.

Quels objets vaut-il vraiment la peine de conserver sur soi, près de soi ? À titre individuel, quels sont nos besoins réels, minimaux en termes d’utilité et de protection ? Plus précisément, en termes d’habillement et d’habitat ?

Dans cette optique d’une vie dépouillée de superflu, la beauté des objets a-t-elle toujours sa place ? Doit-elle encore donner un sentiment de satisfaction, un sens ?

Le monde est ainsi fait pour que nous puissions y trouver, à condition de savoir les identifier, tous les matériaux nécessaires à notre survie, ainsi que ceux utiles pour notre confort de vie.

L’implication donnée par le processus lent de fabrication de ses propres objets, de ses propres structures, agit comme une sorte d’incubateur, et permet l’ajout de valeurs affectives, symboliques, voire magiques à ces derniers. La somme considérable d’attention et d’énergie ainsi transférées à l’objet lui confèrent des propriétés particulières, singulières. Dès lors, nos critères de sélection de ce dont nous avons besoin s’en trouvent bouleversés. Et ainsi parés de nos propres talismans, nous sommes prêts à affronter l’inconnu.

Pourquoi avons-nous si peur de nous retrouver seuls ? C’est pourtant la condition nécessaire pour découvrir, observer, puis espérer comprendre la beauté complexe de ce qui nous entoure.

Et si le sens de la vie, c’était simplement ça ? Par immersion totale dans notre environnement naturel, comprendre, reconnaître sa place en tant qu’animal humain ; descendre enfin de cette échelle imaginaire que nous nous sommes attribuée. Se retrouver au milieu, mais pas au centre, de tout le vivant. Se positionner différemment, pour mieux voir.

Avoir froid, avoir chaud, avoir faim, avoir peur. Retrouver par l’expérience directe cette forme de sagesse que nous avons perdue et qui pourtant nous avait permis de vivre, de bien vivre même, pendant des dizaines de milliers d’années. Retrouver une forme d’humilité.

Il nous est aujourd’hui indispensable, pour une durée propre à chacun, de couper le lien, de nous isoler, pour avoir une chance d’apprendre à nous connaître vraiment, que ce soit de façon violente, ou de manière sublime. Puis doucement, intuitivement, reprendre contact avec le monde, avec d’autres êtres sociaux, humains ou non, afin de reconstruire notre réalité.

Enfin apparaîtra la possibilité d’une rencontre : se présenter devant l’autre, en chair, en os et en esprit, frontalement, réellement. Et plonger entièrement dans l’expérience.

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